CHAPITRE V

 

 

— Maman, tu sais où est mon tee-shirt rouge ? Je ne le trouve pas… 

 

Morgane sortit de sa torpeur et vit son fils de douze ans, debout devant elle, ses yeux noirs et rieurs dans les siens.

 

— Maman ? Tu m’écoutes ?

— Oui, chéri. Qu’est-ce qui se passe ? Ah oui, ton tee‑shirt. Il est dans le panier à linge.

— Maman ? Tu es bizarre… À quoi tu penses ?

— Je pense que je vais retourner sur ce site de retrouvailles…

— Angèle t’en a parlé ? Tu t’es inscrite ? C’est super ! Tu vas pouvoir retrouver tous tes copains d’école. Dis, tu en avais beaucoup ?

— Quelques-uns, oui, mais tu sais, aujourd’hui, ils ne se souviennent peut-être plus de moi, je n’étais pas très expansive. Pas comme vous deux !

— T’avais des amoureux ? lui demanda-t-il, d’un air espiègle.

— Oui… enfin si on veut… pas vraiment… Bon, allez, assez parlé de moi. Demain, c’est le grand jour, alors au lit ! Ouste !

— D’accord… Bonne nuit, maman, à demain.

— Merci, toi aussi, chéri, et dis à ta sœur de faire de même. Bisous les enfants !

 

Morgane fixait son ordinateur. Elle finit par s’en saisir, prit place sur le canapé, se cala bien au fond, et se connecta à Internet. Elle enregistra l’adresse du site et, une fois dessus, continua à personnaliser son profil, en ajoutant des renseignements sur elle et sur ses deux enfants, précisant leur âge et postant quelques photos d’eux trois et des différents pays dans lesquels ils avaient vécu. Puis, elle commença à taper les noms des camarades de classe dont elle se souvenait, du moins de ses copines les plus fidèles et puis… celui de Thomas. Apparemment, il n’était pas inscrit. Peut-être n’en connaissait-il même pas l’existence, ou alors n’était‑il pas un acharné d’Internet, tout simplement. Elle regarda aussi parmi les nombreuses photos de classe référencées et reconnut quelques visages qu’elle avait croisés à cette époque. Cela faisait tout drôle de les revoir après tant d’années et, surtout, de se promener sur leurs fiches et de voir combien ils avaient « vieilli ». Elle avait sans doute beaucoup changé, elle aussi, mais elle ne s’en rendait pas compte…