Nous avions encore le temps
Tome 1 : Yann et Juliette

à paraître fin 2022 ou début 2023

sur toutes les plateformes

 

 

Chapitre 1

 

 

 

 

Je suis sur un lit d’hôpital. Tout est blanc, les murs, les lits à côté du mien. J’entends des plaintes, des cliquetis, des bruits de pas, des sons, des gens qui parlent et au loin, très loin, une voix qui semble s’adresser à moi, mais je ne peux y répondre. Je voudrais, mais je n’y arrive pas.

- Yann, mon amour, ne me quitte pas. Reste avec moi. Tu m’entends ?

J’entends ta voix, tes sanglots. Je t’imagine mettant tes mains devant ta bouche et tes yeux et pleurer à côté de mon lit.

Oui, je t’entends. Où es-tu ma Juliette ? Je ne te vois pas, mes yeux sont clos, je n’arrive pas à ouvrir les yeux mais j’entends tout. J’entends ta vois, loin, si loin de moi.

Mes pensées s’envolent vers mon passé. Je plonge dans mes souvenirs, lointains, très loin des cris des blessés qui sont dans cette salle commune.

 

 

Je m’appelle Yann. J’ai vu le jour le 7 avril 1896 à Quimper, en Bretagne.

Ma famille est modeste. Je ne me souviens pas de ma mère, car elle est morte quand j’étais petit. Mon père s’est remarié et j’ai eu deux autres frères et une sœur.

Mon père est paysan, il travaille dans une ferme et ma « mère » est femme de ménage. Nous habitons en ville, dans une maison. Elle n’est pas grande, comporte une grande pièce où se trouve le lit-clos de mes parents, une table avec deux chaises et deux bancs en bois et un grand âtre avec un banc à l’intérieur.

A l’étage se trouve le grenier où nous dormons nous, les enfants. La chaleur de la cheminée monte jusqu’à nous les soirs d’hiver et c’est tant mieux, car la maison est humide.

Nous allons à l’école publique où nos n’avons pas le droit de parler breton, sous peine de punition, voire de châtiment corporel.

 

A la maison, nous le parlons avec nos parents. Il n’y a qu’à l’école que ce soit interdit.

Dès le matin quand nous descendons dans la pièce, nous disons :

 

- Demat Mamm ! Demat Tad ! (Bonjour Maman ! Bonjour Papa!)

Ce à quoi ils nous répondent en choeur :

- Demat ar vugale ! (Bonjour les enfants!)

 

Nous allons à l’école à pieds. Je me revois. J’ai huit ans, il fait froid et il pleut. Je suis en caleçon mi long, avec des chaussettes, des guêtres, un chapeau et une cape comme tous les enfants. C’est l’hiver, il pleut souvent.

L’été, j’aime beaucoup. Nous allons souvent voir nos grands-parents à Bénodet, en bord de mer. Nous pêchons à pied et aussi avec notre grand-père qui nous emmène dans son canote au large. J’adore ramener des poissons et des crabes que nous mangeons en rentrant. Je profite de mon enfance avec mes frères et sœurs et de l’air iodé qui nous ravigote avant le retour en ville pour la rentrée scolaire.

Nous y allons pendant les vacances scolaires. Nos parents nous confient à eux pour aller travailler dans d’autres fermes et gagner un peu plus d’argent. 

Nous courons sur la grève et nous trempons dans l’eau. Elle n’est pas très chaude, mais la mer nous fascine et j’aime imaginer qu’un jour, je naviguerai sur un beau bateau et parcourrai le monde.

C’est beau de rêver..